Le Plan Local d’Urbanisme, document régissant les règles d’urbanisme de la ville du Havre, mais aussi document prospectif pour la ville dans les 15 prochaines années vient d’être soumis pour la 3eme fois au conseil municipal avant enquête publique.  Précédemment, en 2008, la procédure avait été arrêté car le tramway n’était pas prévu, comme c’est bête ! On espère qu’il n’y pas trop d’oublis de projet dans ce document là !

Néanmoins, si le document est imposant, il ne répond pas aux besoins des havraises et des havrais pour les prochaines années. Après de nombreuses discussions avec les citoyens, laurent Logiou résume la position du groupe Socialiste, Radical et Verts lors du conseil municipal de septembre dernier :

M. LOGIOU : D’abord, concernant la forme. Le 26 novembre 2007, mon collègue, Pierre DIEULAFAIT, commençait son intervention par ces mots : « Les documents qui nous ont été communiqués il y a quelques jours, nous seront sans doute précieux pour nous exprimer dans l’enquête publique. Pour aujourd’hui, malheureusement, il nous aura été impossible d’en tirer la substantifique moëlle. Le C.D. Rom qui reprend les différents documents d’urbanisme est précieux, mais c’est un monument qu’il n’est pas aisé de découvrir sans guide, alors que le car qui nous a amenés repart dans cinq minutes. Nous pouvons en faire le tour pour essayer d’en comprendre l’architecture et tenter quelques incursions dans telle ou telle partie qui nous a paru plus attrayante, mais guère plus. La note de synthèse, un peu plus digeste, quoique dépourvue d’illustrations, n’en constitue pas moins un menu déjà bourratif. » Je pourrais aujourd’hui redire à peu près la même chose, changer le car par un tramway, pour être un peu plus en phase avec l’air du temps, et rajouter que non seulement il faut nous plonger à nouveau dans ces documents, mais trouver le temps de les comparer aux anciens, qui apparaîssent aujourd’hui au bout de trois ans, et voir quelles nouveautés expliquent un tel retard.

Cela fait déjà plusieurs Conseils municipaux que nous vous demandons d’avoir des séances exceptionnelles sur des sujets exceptionnels. Une séance qui soit différente des séances traditionnelles. Cela nous permettrait peut-être d’avoir enfin un débat sur la politique foncière, qui est incontestablement liée à la politique d’urbanisme. C’est une demande dans le cadre d’un débat démocratique, qui peut s’instaurer entre vous et nous. J’espère que vous y répondrez. M. le Maire, votre réponse était : « Merci, M. LOGIOU. Concernant l’idée d’avoir un Conseil municipal extraordinaire, pourquoi pas ? Il faudra voir quel sera l’ordre du jour. Je reconnais que voter un budget et débattre du PLU nécessite beaucoup de temps. » Aujourd’hui, l’ordre du jour est toujours aussi chargé. Peut-être qu’il faudra commencer une séance très tôt dans l’après-midi ou faire deux séances ? Nous verrons. Je suis ouvert à n’importe quelle suggestion. En réalité, force est de constater que vous n’êtes ouvert à aucune suggestion de votre opposition, et que même si, et je vous en remercie, nous aurons tout à l’heure, non pas un débat mais une information sur votre politique foncière, vous ne cherchez pas en réalité à avoir des débats constructifs avec nous. Mais comme tout Breton, je suis un peu têtu et d’une nature optimiste. Il aura fallu attendre trois ans pour avoir une réponse à nos demandes d’information sur la politique foncière. Je peux encore attendre trois ans pour, dans le cadre d’une alternance réussie à la tête de  cette ville, engager avec vous de vrais débats démocratiques, avec nous dans la majorité, et vous dans l’opposition.

Concernant le fond, maintenant. J’ai tenté de m’immerger, comme mon camarade Pierre DIEULAFAIT il y a trois ans, non dans les résumés qui sont plutôt des documents de communication bien faits, comme d’habitude, mais dans les trois tomes mis à disposition. Vous voudrez bien excuser mon énumération à la Prévert, qui pourrait apparaître comme un florilège décousu, mais qui à la fin déterminera notre position.

Le premier tome comporte d’abord une phase diagnostique, avec beaucoup de choses très intéressantes, qui vont d’ailleurs dans le sens de ce que nous affirmons ici depuis trois ans. Il me faut aussi féliciter les services pour la qualité des documents que nous avons reçus. Concernant l’environnement, nous constatons qu’un certain nombre de nuisances touchent notre ville : qualité de l’eau, de l’air, le bruit, les risques technologiques, les sols pollués, un maillage parc et jardin modeste. Ah, oui, il est noté que l’arbre est très présent au Havre dans sa diversité ! C’est  sûrement un peu moins vrai depuis les travaux, mais espérons que cela le sera de nouveau.

Il est écrit page 22 que le développement du plateau nord-ouest et de Port 2000 ont un impact limité sur la faune et la flore. Nous ne sommes, bien sûr, pas du tout du même avis.

Toute la partie sur les chiffres de la population est à étudier de très près. Celle-ci s’arrête en 1999 à la page 63, mais nous retrouvons les prospectives à la page 65. Nous voyons bien sûr, et tout le monde le sait, que les habitants continuent à baisser de 1999 à 2005, malgré la reprise de la construction des logements. Et mieux encore, la perspective à l’horizon 2020 nous montre deux scénarios, qui concernent le pays, la Ville étant intégrée. L’un, tendanciel, montre que le nombre de nos habitants continue à baisser, et l’autre, volontariste, qui permettrait de retrouver le niveau de 1999. Or, ce niveau comptait déjà plus de 16 000 habitants en moins par rapport à quelques années auparavant. Il n’y a pas beaucoup d’indications sur l’accompagnement de ce choix. Je pense que ce dossier sera important pour la suite des événements au Havre. Ceci conforte nos impressions sur un manque de visibilité.

D’ailleurs, si on s’intéresse aux logements sociaux, page 82, on note une augmentation de la pression sur le parc social, contrairement à ce qui était dit l’autre jour, avec un niveau de construction insuffisant et une offre peu diversifiée et peu adaptée à la demande des familles. C’est écrit ! Je ne suis pas en train d’émettre un avis, c’est ce qui est écrit en page 82, et nous sommes d’accord. Nous pouvons lire plus loin, en page 95, un manque de certains équipements sportifs et culturels par rapport à d’autres villes de même strate. En page 109, le chapitre dédié à la ville au cœur d’un territoire de 600 000 habitants ne consacre pas un mot sur le grand Paris ou sur une grande agglomération. Il y en a assez peu, d’ailleurs, dans la suite des documents. Pour information, page 173, Caillard est cité comme faisant partie de l’inventaire de la DRAC. Il faudra quand même les prévenir de sa destruction. En page 210, nous remarquons qu’il n’y a pratiquement rien sur les futures extensions du tramway, ce qui est aussi un peu alarmant. Puis, en page 219, vous en avez parlé tout à l’heure, on renvoie au futur P.P.R.T. les problèmes liés au schéma SEVESO, bien que sur les schémas que nous voyons, certaines habitations sont toujours dans le secteur SEVESO.

Le tome 2 comporte l’explicitation des choix pour le PLU, et notamment les trois fondements du Projet d’aménagement et de développement durable (P.A.D.D.). Il y a tout d’abord le développement durable, et nous sommes assez d’accord. Pourquoi pas ? Nous savons que le Grenelle 1 et 2 ont peut-être un peu de plomb dans l’aile, mais c’est intéressant de s’y référer. Par contre, on cite l’Agenda 21 version 1, mais aucune allusion à la version 2.

Deuxièmement élément important, que vous avez évoqué tout à l’heure : le ScoT. Il faut être conforme, c’est la loi. Et puis surtout, il faut tenir compte de la continuité des politiques précédentes. Ouf ! Nous espérons que l’on a tenu compte de politiques ! Mais dans cette partie et pour le plaisir, je ne résiste pas à la possibilité de vous sortir quelques phrases, notamment : « Le Havre est une ville lumière, elle ne dort pas, elle dore ! » Nous, nous espérons qu’elle dure. Vous savez ce que nous pensons des mises en lumière, mais si Monet peignait si bien la lumière du Havre, c’était plutôt le jour.

Page 15, au détour d’une phrase sur les quartiers sud : « La vocation récréative du site sera très prochainement renforcée par l’ouverture des Bains des Docks… » (c’est déjà fait) « et par Odyssey 2 ». Je dois avouer que dans l’ensemble du PLU, ce dossier est assez discret. Ceci étant, ce simple dossier pourrait justifier notre abstention sur cette délibération.

Page 21 et 42 : « La Ville souhaite renforcer l’offre en équipements commerciaux par la création d’un troisième pôle dédié au nautisme, aux loisirs, à la culture ». Je ne pense pas que ce soit un nouveau pôle, puisqu’il doit s’agir de Vauban. Ici, la réalité a dépassé la fiction. Par contre, il n’y a rien sur l’impact du dossier de l’Usine des marques aux Docks Café, alors qu’il y a un véritable impact de saturation, notamment de circulation dans le secteur.

Page 29, il est marqué qu’il faut aménager des espaces de proximité : « La ville basse pâtit de son image minérale, qui contribue à sa désaffection ». Cela explique certainement les mesures prises dans le PLU, la modification n° 11, par rapport aux 15 %. Je ne suis pas sûr qu’en ne mettant pas un garde-fou, à un moment ou à un autre, on ne continue pas à « minéraliser » la ville basse.

Page 30 : « La ville du Havre fait de la gestion sonore une priorité », surtout près de l’aéroport, ce qui explique certainement toutes les extensions que nous avons pu voir depuis plus trois ans sur le plateau nord.

Retour sur les transports en page 33. Une fois de plus, rien sur les futures lignes.

En page 34, nous lisons trois lignes sur le handicap. A mon avis, le handicap est quand même le parent pauvre du PLU.

On retrouve, un peu plus loin, l’idée d’un nouveau plan de déplacement pour 2013, où cette fois-ci on met en avant les modes doux, ce qui est une bonne idée, mais toujours rien sur les extensions du tramway.

Enfin, concernant la Costière, je vous remercie d’avoir intégré certaines de nos remarques, émises ici il y a trois ans, sur la valorisation et la restauration des escaliers, et surtout la création de voies nouvelles pour assurer la liaison ville haute/ville basse. Cependant, il n’y a rien sur la mixité sociale à instaurer dans ce secteur.

Enfin, le tome 2 traite de l’application réglementaire du P.A.D.D. Vous avez dit tout à l’heure, fort justement, que c’est parfois techniquement rébarbatif. Cependant, cela a le mérite de fixer clairement les règles, secteur par secteur.

Quelques questions : pourquoi n’y-a-t-il pas ou plus de normes de stationnement dans les zones urbaines du hameau du littoral, dans les zones urbaines de grand équipement, ou dans celles à urbaniser ? Pourquoi n’y-a-t-il plus de hauteur absolue réglementée en zone urbaine, de rénovation à urbaniser, et dans les zones de grand équipement, plus particulièrement U.Z.E. et N.A.A. ?

Un dernier mot. Le bilan des impacts page 339 est assez inquiétant sur le plan de la circulation à venir, avec, et c’est écrit ainsi, des risques de saturation des trafics, sans réponse apportée. Puis, chose nouvelle, il y a cette fois-ci des résultats et la possibilité d’avoir des indicateurs de suivi page 344. J’espère que nous recevrons régulièrement les études liées à ces indicateurs de suivi.

Je ne mobiliserai pas plus longtemps la parole. Je pense qu’en effet, Edouard PHILIPPE l’a indiqué tout à l’heure, nous aurions pu être plus long. Peut-être que le débat le permettra. Au-delà des problèmes de forme et d’une vraie difficulté pour nous de pouvoir exercer parfois notre mandat, il y a aujourd’hui trop d’incertitudes, de contradictions, parfois d’incohérences, et du coup pour nous trop d’inquiétudes sur les outils mis à disposition, notamment sur l’environnement, le logement, les déplacements, l’avenir commercial, et le positionnement du Havre dans notre région, pour que nous puissions le voter en l’état. Notre groupe s’abstiendra.

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