« Oubliés les beaux discours de campagne sur les droits de l’homme et que vive la Realpolitik » telle est la méthode Sarkozy, le tout rehaussé d’une pointe de cynisme et d’un soupçon de manipulation de l’opinion. Notre Président qui hier ne jurait que par la liberté et les droits fondamentaux n’hésite plus désormais à trinquer avec Nazarbaïev, le Président du Kazakhstan en poste depuis 20 ans dont le pays est régulièrement accusé par Amnesty International d’être le théâtre de violations graves des droits de l’homme et de torture de prisonniers?

Se souvient-on encore de la tente Kadhafi plantée à Paris, le tout en grande pompe, aux frais de la République ?

Dans le même sens, les récents propos du Président français, condamnant avec la plus grande fermeté l’élection de Mahmoud Ahmadinejad, sans ménager la souveraineté iranienne tranchent dangereusement avec les félicitations présentées à Ali Bongo, nouveau Président du Gabon dont l’élection était pour ainsi dire jouée d’avance grâce au pouvoir détenu sur ce pays pendant plus de 40 ans par son père feu Omar Bongo. M. Sarkozy n’y verra sans doute que de l’amour filial et répondra que : « Le devoir d’un père est d’aider son fils », seule maxime qui semble vraiment l’obliger. Mais qu’en est-il des poursuites pour les biens mal acquis qui visaient le clan Bongo et sans aucun doute devaient concerner le fils ? L’élection a ceci de commode que son possesseur jouit à présent d’une solide immunité présidentielle !

L’héritage du père Omar Bongo reste bien difficile à porter par le gouvernement Sarkozy. Parlez en à Jean-Marie Bockel, transfuge socialiste, secrétaire d’Etat à la Francophonie relégué aux anciens combattants, pour avoir eu l’impudence de proclamer dans des salons dorés la fin de la Françafrique dénoncée vigoureusement et courageusement par feu Xavier Verschave.

Parlez-en encore à Bernard Kouchner, secoué par les révélations de Péan sur son fameux rapport sur la santé au Gabon grassement rémunéré encore et toujours par le père Bongo. Le même Kouchner qui allait, sans sourcillier, peu de temps après, sceller le sort de Rama Yade, la secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme reléguée au sport par Sarkozy. L’ancien socialiste reconnaissait en effet que la création d’un secrétariat d’Etat aux droits de l’Homme était une erreur et que cela gênait la conduite des affaires étrangères. Quel revirement, un de plus ou de trop, pour un homme qui a construit sa réputation autour de la création de MSF et d’une défense acharnée des droits de l’homme. Reste qu’entre le jeune French Doctor et le vieux ministre mangeur de mil, le verni de l’ouverture et de la promotion des droits de l’homme du Gouvernement s’écaille chaque jour un peu plus.

La France de Sarkozy ne semble pas encore prête à mettre fin à ses relations néocoloniales avec certains Etats d’Afrique. La question de la présence militaire en Afrique est ainsi encore loin d’être réglée. Dans les coulisses présidentielles africaines et françaises, les « sorciers blancs »[i] à l’image de Robert Bourgi, continue de s’activer.

Encore plus inquiétant, mais plus sourd, les socialistes et les forces de gauche doivent alerter des reculs et des dangers que fait peser la trop discrète réforme de la Coopération et de l’aide au développement sur le rayonnement français à l’étranger. En particulier au niveau de l’audiovisuel extérieur. Alors que le monde des médias se tourne de plus en plus vers l’Afrique, la France de Sarkozy met en œuvre à Radio France Internationale, radio très écoutée et populaire chez les Africains et tous les francophones, un plan social de très grande ampleur. Il concerne, avec 206 suppressions de postes prévues, près d’1/5ème des effectifs. De nombreux services notamment Médias France Intercontinents pourtant réputés pour la qualité de leur production notamment sous Chirac sont à présent menacés… Sans le dire véritablement, les intentions du gouvernement sont de contracter sévèrement les dépenses de RFI pour miser sur France 24 qui peine vraiment à émerger en termes de visibilité. L’obsession des économies dans de tels secteurs stratégiques risque de faire perdre à la France, son influence politique, culturelle et linguistique. Et cela est d’autant plus grave que ce gouvernement n’hésite pas à creuser l’endettement dans une France toujours plus accablée d’injustices fiscales et d’inégalités sociales.

Olivier Rabaey


[i] pour reprendre le titre d’un récent ouvrage du journaliste africaniste de l’Express Vincent Hugeux

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