hlSANTE. Pour la quatrième année, la ville ne décolle pas de la dernière place du palmarès santé d’une revue médicale. En cause, la sociologie du Havre et le manque de médecins.

Le Havre, treizième ville de France en nombre d’habitants mais trente-sixième (sur trente-six de plus de cent mille habitants) au palmarès santé publié hier par la revue médicale Impact Médecine. Pour la quatrième année consécutive, la ville décroche la lanterne rouge de ce classement qui passe en revue cent vingt indicateurs aussi différents que le taux de natalité, le taux de morbidité à l’hôpital ou encore ceux ayant trait au cadre de vie et à la démographie médicale. Tout en haut du classement, Lyon, Besançon et Grenoble se partagent le podium.
Pourquoi la ville ne décolle-t-elle pas de cette dernière place « préjudiciable en terme d’images », estime un radiologue ? « Les taux sociodémographiques de la ville sont mauvais », estime Pierre Cuin, auteur de l’enquête pour Impact Médecine. Ainsi, alcoolisme, mortalité infantile, cancers, tabac, maladies respiratoires, précarité, situation sociale, pollution, autant d’indicateurs qui sont davantage orientés au rouge qu’au vert.
« Mais surtout, ajoute Pierre Cuin, la ville souffre beaucoup de l’absence d’un CHU. La majorité des grandes villes en ont un. Ils permettent d’attirer des étudiants et des médecins. Et c’est le gros problème du Havre, estime Pierre Cuin, la ville est parmi celles qui comptent le moins de médecins en France. Malgré tous les efforts qui peuvent être faits par la ville pour attirer des praticiens, il faudra du temps pour changer les choses. »
Au Havre, on enregistre un taux de 147 médecins généralistes pour cent mille habitants contre, par exemple, 387 à Rouen et 359 à Caen. Pour les spécialistes, le constat est plus inquiétant encore mais s’explique par l’absence d’un grand pôle médico-universitaire : un taux de 145 spécialistes au Havre pour cent mille habitants alors que Caen en compte 764 et Rouen 782. Dans les spécialités médicales, le manque récurrent concerne les psychiatres. Selon l’enquête d’Impact Médecine, la ville ne compte que vingt psychiatres pour cent mille habitants, le taux le plus faible en France.
« La situation est préoccupante et le sera encore plus dans les années à venir avec le départ à la retraite de nombreux médecins », souligne un spécialiste havrais. Pour preuve, la situation des dentistes. Ils font cruellement défaut. « Il nous manque 50 % de dentistes par rapport à la moyenne nationale et dans quinze ans, estime Luc Lecerf, le représentant du syndicat des dentistes, la moitié de ceux qui exercent aujourd’hui seront à la retraite. »

« Faire bouger les choses »
« Le palmarès est fait à partir d’éléments statistiques connus, explique de son côté Olivier Jougla, adjoint au maire du Havre en charge de la santé et qui, justement, animait hier soir une réunion sur la santé, dans les quartiers sud. Ils ne jouent pas en notre faveur mais n’intègrent pas la situation historique de départ. Nous ne sommes pas à Toulouse, Lyon ou Nice. Surtout, ajoute Olivier Jougla, ces éléments n’intègrent pas le diagnostic auquel se livre actuellement la Ville du Havre pour faire bouger les choses et ne donnent pas les clés de compréhension de nos efforts. » Que ce soit la ville ou la communauté de l’agglomération (Codah), des actions sont en cours pour tenter de régler le problème prioritaire : la démographie médicale.
Stephane Siret

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