Matthieu Brasse Le 21 avril 2017 aura lieu, sauf si... Paris-Normandie du 30-05-2014Paris Normandie du 30-05-2014 « tribunes et opinions »
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« Le 21 avril 2017 aura lieu, sauf si nous écrivons un autre scénario

Ce quinquennat ressemble à l’un de ces films catastrophe dont, à peine arrivés au milieu, on entrevoit déjà la scène finale. Pour les Français, le scénario paraît écrit d’avance. La tentation est forte de projeter les résultats de dimanche sur les prochaines élections présidentielles, bien que les scores catastrophiques de l’UMP en 1999 ou du PS en 2009 n’aient pas empêché ces partis d’emporter la présidentielle 3 ans plus tard. Mais les faits sont têtus : 10 points séparent l’extrême droite du principal parti de gauche, posant le risque d’une élimination de notre famille politique dès le premier tour de l’élection présidentielle de 2017.

Un 21 avril 2017 aura lieu, car la coupure des acteurs politiques avec nos concitoyens est trop large pour être résorbée en trois ans. Aujourd’hui, 82% des Français se déclarent mécontents de François Hollande, quand Nicolas Sarkozy culminait à 62% de mécontents au même moment de son quinquennat, en mai 2009. Plus grave encore, le rejet dépasse le Président et l’abstention est là pour rappeler à tous les fanfarons que le premier parti de France est avant tout celui du dédain. A trois jours du scrutin, un sondage montrait ainsi que quelque soit leur famille politique, la moitié des électeurs de François Bayrou, Nicolas Sarkozy ou Jean-Luc Mélenchon ne souhaitait pas se rendre aux urnes. Personne n’échappe à ce rejet et il est frappant de constater qu’aucun commentateur n’a voulu constater que le nombre de Français ayant choisi le FN dimanche est en très net recul par rapport à la présidentielle de 2012.

Un 21 avril 2017 aura lieu, car la gauche n’a jamais été aussi fragmentée. La sortie des Verts du gouvernement, tout comme le score honorable d’une multitude de formations de gauche, laisse augurer un éparpillement des candidatures qui avait été néfaste à Lionel Jospin. Plus grave, la gauche est sociologiquement isolée. Les états-majors des formations politiques de gauche n’ont jamais autant été des cénacles de cadres supérieurs quinquagénaires et franciliens. « Gauche recherche peuple désespérément » : depuis la dissolution de la classe ouvrière dans le chômage de masse, aucun parti n’est en mesure de définir quel peuple il souhaite défendre. Les controverses entre « Gauche Populaire » et « Terra Nova » n’ont toujours pas permis de trancher cette question. Or, sans peuple, difficile d’affirmer une stratégie.

Un 21 avril 2017 aura lieu, car la gauche n’a pas encore produit de projet de société. Aux petits épiciers du politique qui s’imaginent qu’inverser la courbe du chômage et équilibrer les comptes de la Nation suffit à entrainer une adhésion massive, nous rappelons que le gouvernement Jospin a créé des millions d’emplois, équilibré les comptes de la Sécu et baissé le chômage. Lionel Jospin a pourtant trébuché, parce qu’il n’exprimait pas de projet de société pour faire reculer le sentiment de déclassement des Français. En 2012, François Hollande l’avait compris et voulait que « la génération suivante vive mieux que la précédente », afin de « réenchanter le rêve français ». Où est passé ce projet aujourd’hui?

Le 21 avril 2017 aura donc lieu . Sauf si … Sauf si nous décidons d’écrire un autre scénario. Sauf si nous décidons de renouer la promesse de 2012. Car rien n’est écrit dans le marbre, nous avons encore le choix.

Le 21 avril 2017 aura lieu, sauf si… Sauf si la gauche cesse d’opposer redistribution et production des richesses. L’œuvre de Thomas Piketty est là pour nous le démontrer: la redistribution des richesses diminue la rente, stimule la consommation, réduit l’incertitude, augmente l’investissement privé. Il ne suffit pas de créer des emplois au niveau du SMIC pour rassurer les Français, il faut mettre tout en œuvre pour que ces emplois offrent des perspectives d’ascension sociale. Si la gauche engage la lutte contre les inégalités de patrimoine par une large réforme fiscale et contre la fracture générationnelle par la création d’un vrai droit à la formation, le sentiment de déclassement cessera de ronger la société.

Le 21 avril 2017 aura lieu, sauf si… Sauf si la gauche cesse d’opposer les territoires : les villes, le périurbain et les campagnes. Pour l’instant, seules les métropoles profitent de la mondialisation, tandis que les zones périphériques absorbent la casse sociale. Plutôt que d’envisager une réforme territoriale avec une logique d’économies comptables, la gauche doit en priorité recentrer les aides aux entreprises directement vers les salariés pour favoriser leur qualification, leur formation et leur mobilité en s’appuyant sur les infrastructures des territoires en crise.

Le 21 avril 2017 aura lieu, sauf si… Sauf si la gauche décide de reprendre la main. La gauche est défaite dans les urnes car elle est défaite dans les têtes. Nous devons imposer un autre langage et relancer la bataille culturelle. En affirmant des valeurs de transparence et d’éthique, un vaste renouvellement des pratiques et du personnel politique est nécessaire pour redonner de la crédibilité à la parole publique.

L’effroi des résultats de dimanche devra ainsi céder la place à de l’intelligence collective. N’usons pas toute cette intelligence à disséquer le FN, à l’ausculter, à le mythifier. Il est trop tard pour se rendre compte que le FN n’est que le symptôme, et non la maladie. Il n’y a qu’en inventant un autre demain que l’on empêchera le 21 avril 2017. Ne laissons pas d’autres écrire le scénario à notre place, inventons-le. Inventons demain. »

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