Tribune de Laurent logiou sauvauns notre université Paris Normandie du 18-06-2013
Paris Normandie du 18-06-2013 « tribune et opinion »
http://www.paris-normandie.fr/article/societe/laurent-logiou-%C2%AB-sauvons-notre-universite-%C2%BB

«L’université du Havre est un moteur pour le développement de notre ville et pour l’emploi des Havraises et Havrais. Pendant dix ans, la droite n’a eu de cesse de démanteler les services publics au profit du privé privilégiant les logiques marchandes et comptables. L’une des premières cibles a été le monde de l’éducation au niveau national comme au plan local. Au Havre, ces choix se sont traduits par la suppression de postes d’enseignants et de personnels administratifs, par la fermeture d’écoles et de classes dans de nombreux établissements.

La droite s’est aussi attaquée aux établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche avec la loi LRU en introduisant notamment l’évaluation des universités selon le classement de Shanghai. Cela a engendré plus de concurrence entre ces établissements en accroissant les disparités entre les grandes et les petites et moyennes universités.

Or, les responsables locaux de l’UMP ne se sont jamais opposés à cette dérive voulue par le gouvernement Fillon. Les difficultés de l’université du Havre ne datent donc pas d’hier mais nous disposons à présent de diagnostics plus précis. Après le sévère rapport de l’inspection générale de l’administration de l’Éducation nationale, c’est au tour de la Chambre Régionale des comptes (CRC) de rendre ses observations sur la gestion de l’université du Havre entre 2006 et 2010. En tant que conseiller municipal du Havre et vice-président de la Région Haute-Normandie, je considère que l’avenir de l’université du Havre est déterminant pour notre ville et notre région.
Je veux d’abord rappeler aux Havraises et aux Havrais que la « mise sous tutelle » de l’université, pudiquement appelée coopération avec un « comité des pairs », a découlé de l’impossibilité pour l’établissement de voter son budget à l’équilibre en 2011 et en 2012. Cette situation, que d’autres universités en France connaissent, résulte pour une part de la loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités (LRU) et du passage aux compétences élargies. Les méfaits de cette loi ne sont plus à démontrer. Un récent rapport du Sénat a d’ailleurs bien souligné les ressorts pénalisants de cette loi. Comme d’autres, j’aurais d’ailleurs souhaité que cette loi soit abrogée.
Néanmoins, le rapport d’observation de la CRC, comme celui du ministère, pointe aussi des défaillances en termes de bonne gestion et d’absence de vision stratégique. D’ailleurs, lors d’un récent conseil municipal, le maire du Havre a, comme il sait le faire, indirectement mis en cause l’ancien président de l’université sur la stratégie. Pourquoi dénoncer aujourd’hui et ne pas être intervenu à l’époque, pour le soutenir auprès du gouvernement ?

Pour l’heure, la priorité est à la mobilisation de tous pour aider au redressement et au développement de notre université. Déjà la modernisation de la gestion de l’université du Havre est en marche. Je veux saluer les mesures courageuses prises par Pascal Reghem, l’actuel président de l’université du Havre et par son équipe mais elles ne seront sans doute pas suffisantes pour permettre à l’université de retrouver l’équilibre. Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ne doit pas confondre sérieux budgétaire et austérité. Au moment, où l’université est obligée de tailler dans ces heures et son offre de formation, il faut veiller à ce que la spirale d’une fragilisation de l’université ne se mette pas en place. La recherche d’économies ne doit pas conduire au déclin de notre université et cela nécessite que l’État, au regard des engagements pris et des efforts accomplis, puisse redonner à court terme une bouffée d’oxygène à cet établissement.
Je considère en effet que l’enseignement supérieur et la recherche en tant que dépense d’avenir et comme service public ne saurait être soumis à une logique purement comptable. Je partage sur ce point l’inquiétude et les revendications d’une grande partie de la communauté universitaire havraise qui s’en est émue au moyen d’une pétition que j’ai signée.

J’ai aussi voté deux vœux en conseil municipal présentés conjointement avec le groupe communiste pour soutenir l’université et demander à l’État des aides supplémentaires. Car l’université est primordiale pour tout notre territoire, notre région, notre agglomération, notre ville. C’est son dynamisme, son rayonnement et son attractivité qui est en jeu. Dans une ville populaire ou la main-d’œuvre est moins qualifiée qu’ailleurs, l’université – plus que toute autre institution – doit être un ascenseur social, un tremplin pour l’insertion professionnelle et facteur de cohésion et d’insertion sociale.
Sur tous ces points, des avancées sont possibles. Par une étroite concertation avec les employeurs publics et privés de notre territoire, l’offre de formations professionnalisantes et l’insertion professionnelle des étudiants dans le tissu économique local peuvent progresser. La formation continue peut encore être développée pour que chaque Havraise ou Havrais le souhaitant puisse se former à l’université tout au long de sa vie.
Notre université dispose de nombreux atouts qu’il convient de valoriser autour d’un projet d’établissement ambitieux pensé sur le long terme qui, s’il doit maintenir des formations généralistes de la Licence au Doctorat, doit aussi être axé sur les forces et les particularités havraises : industrie, port, logistique, éolien et dimension maritime et internationale notamment. C’est d’ailleurs autour de ces forces que l’université du Havre s’est construite et qu’une bonne partie de son offre de formation et de recherche s’est développée.

Pour sortir des difficultés, l’université doit pouvoir compter sur le soutien de l’ensemble des acteurs publics et privés de notre territoire. En tant que vice-président de la Région Haute-Normandie, je n’ai eu de cesse de soutenir les initiatives de la communauté universitaire havraise depuis plus de dix ans. Les efforts de la Région, hors compétences, ont d’ailleurs été soulignés à plusieurs reprises par le rapport de la CRC. L’aide régionale représente à elle seule de 6,2 % à 8,9 % des ressources de l’établissement!
Je souhaite aussi que la Ville du Havre et la Codah (Communauté de l’agglomération havraise) puissent à l’avenir soutenir encore davantage l’université et notamment le Pôle ingénieur et logistique. L’université doit être le cœur battant, le pilier du pôle d’enseignement et de recherche havrais. C’est en travaillant à son excellence par tous les moyens disponibles que nous pourrons contribuer au développement de notre ville et à l’emploi des Havraises et Havrais. »

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